Nous entrons dans une époque où nous pouvons déléguer une part croissante de notre travail intellectuel. Une question me paraît essentielle : comment accroître nos moyens d’agir tout en restant capables de juger ce que nous faisons ?
C’est autour de cette interrogation que je souhaite faire vivre La Pléiade. L’intelligence artificielle nous oblige à reprendre des questions anciennes : qu’est-ce qu’apprendre, à qui accorder notre confiance, comment exercer une responsabilité, quelle place donner à la parole de chacun ? Leur portée est désormais technique, sociale et politique.
Une langue pour penser
Le nom de La Pléiade rend hommage aux poètes du XVIe siècle qui ont travaillé à enrichir la langue française. Je retiens de cet héritage une ambition : donner à notre langue les moyens d’exprimer les transformations de son temps.
Cette préoccupation prolonge une réflexion née pendant mes années à Sciences Po, sur la préservation du français, la force de notre écriture et notre rayonnement. Aujourd’hui, elle prend une dimension nouvelle. Lorsque nous confions à un outil la formulation d’une idée, quelles nuances conservons-nous ? Quelles habitudes de pensée adoptons-nous ?
Je défends un français vivant, capable de produire des connaissances, d’accueillir la contradiction et de créer. Cette ambition appartient aussi à la francophonie, à la diversité de ses expériences et de ses voix.
Une expérience, des questions publiques
Mes réflexions sur l’action publique, la formation et les systèmes numériques m’amènent à interroger ce qui se joue derrière les outils : la répartition du pouvoir, l’accès au savoir et la possibilité de faire entendre une situation singulière. Une décision peut devenir plus rapide sans devenir plus juste. Une réponse peut sembler convaincante sans rendre son destinataire plus autonome.
Je souhaite porter ces questions dans le débat public. L’expertise doit permettre de comprendre les mécanismes à l’œuvre, mais elle ne dispense jamais de discuter leurs finalités. Les choix que nous faisons en matière d’IA engagent une certaine idée de la société.
Garder l’avenir ouvert
La Pléiade sera un lieu pour formuler des hypothèses, confronter des convictions et examiner les futurs possibles. J’y défends la capacité de la France à penser ses choix, dans le dialogue avec l’Europe et le monde. Cette liberté demande des institutions solides, des savoirs transmis et des citoyens capables de discuter les décisions qui les concernent.
Je veux que nos textes donnent matière à répondre, à objecter, à poursuivre. C’est dans cet échange que peut se construire une parole publique utile.
Abdelaziz Lachiheb
À l’origine de La Pléiade
La référence à Sciences Po relève d’un parcours personnel et ne signifie aucun soutien de l’établissement. L’héritage littéraire de la Pléiade : un extrait de Du Bellay présenté par la BnF.